La mémoire dessinée d’un journaliste chinois
Le passage de Li Kunwu à l’Agence culturelle départementale à Périgueux, en octobre 2024, n’est pas passé inaperçu. L’exposition de ses immenses dessins sur sa jeunesse dans sa ville de Kunming, dans le Yunnan (il est né en 1955), a déjà attiré les foules. Et même de curieux visiteurs venus de l’ambassade de Chine afin de vérifier ce que ce citoyen présente au public français sous le titre « Gardien de la mémoire ». Le Club de la presse se devait aussi d’y passer pour apprécier le travail de ce dessinateur journaliste qui fut dans sa jeunesse soldat dans l’armée de Mao. Il porte aujourd’hui un regard très précis sur la vie en Chine il y a plus de 50 ans, dans un pays qui ne cesse de détruire son passé.

Les dessins de Li Kunwu ont une valeur documentaire, racontant en images les foules se pressant pour prendre le train, à une époque où sa région était desservie par des michelines fabriquées par la société française Michelin, pour relier le Yunnan à Hanoï, au Vietnam.


Parmi les œuvres présentées, réalisées à l’encre de Chine, évidemment, et forcément sur du papier de riz, une fresque de 21 mètres de long déroule l’embarquement de toute une population dans une gare à l’occasion de la Fête du printemps. Le train est d’ailleurs le fil conducteur d’une grande partie des images.

La médiatrice, Fanny Rousseau, pointe les éléments qui font de cette exposition un reportage très précis, entre les slogans officiels affichés et les visages burinés des paysans. Li décrit les choses sans jugement, comme s’il voulait éviter tout problème avec le pays où il vit toujours. En se plongeant dans les détails qui fourmillent, on trouve toujours de quoi sourire : un chien qui lève la patte ou deux petits personnages en discussion qui ressemblent à Mao et Hitler.

Il ne faut pas rater dans le couloir à l’arrière de la salle d’exposition, une galerie de portraits de petits métiers que l’artiste a dessinés le jour du vernissage. En dernier, il a croqué un « informateur », improbable journaliste à qui rien ne semble échapper.

Pratique. À voir jusqu’au vendredi 20 décembre. Entrée gratuite du mardi au samedi de 14 à 18 heures.
Pour en savoir plus sur l’artiste, voir la vidéo prise lors de l’inauguration .
